A propos du TEXAS - Chapter 3

Deep in Tex Ass (3/15)

Il y a 4 ans.


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Il y a de ça jadis, j’ai commencé à raconter un voyage au Texas américain. Puis j’ai disparu. C’est que je voulais voir si j’avais pas mieux à faire que raconter des conneries à longueur de temps. Et il se trouve que non, donc je reprends et je n’arrêterai plus. Donc voilà la suite du voyage au Texas américain...



C’est parti...



CHAPTER 3 - Deep in TEX ASS



Il était 6 heures du matin. J’étais debout. Je ne m’étais pas levé à une heure pareille depuis l’ouverture de la pêche en 1997. (Cette année là ça tombait le jour de l’anniversaire de mon père et j’avais prévu de lui offrir une truite morte. Je tenais à le remercier haineusement de nous avoir exilés au fin fion de la charente en plein milieu de ma scolarité.
Mais je me souviens que je m’étais finalement rabattu sur un canard parce qu’ils étaient moins farouches et que j’avais pu en approcher un d’assez près pour ne pas le manquer avec mon lance-pierres.)



Je m’allumai une cigarette et ouvris le fenêtre de la chambre. Le jour poignait, tout doucement. J’avais vue sur l’autoroute. Je m’assis et me mis à regarder les voitures passer. Puis je me dis que si on avait été dans un film, une petite musique sympa serait venue enlacer les volutes ondulantes de ma Lucky Strike. On aurait vu le soleil se lever dans mes yeux, et empourprer le ciel. Et une larme serait tombée et aurait dévalé ma joue pour aller mourir, avec son secret, dans les poils de ma barbe, d’où aurait ensuite jailli le générique de fin. J’aurais eu l’air beau gosse. Peut-être même que je me serais retrouvé dans le Top 100 des hommes les plus sexy de la planète. Entre Bruno Solo et Francis Heaulme...
… c'est là que j’eus soudainement envie de vomir. Je ne fume jamais le matin. Puis je n’avais rien bouffé. Je jetai ma clope et descendis au p’tit déj’.



Café et gros donuts à volonté. C’est ce que m’offrait le Red Roof Inn en échange de seulement 8 dollars (6 euros, à l’époque). Un café, aux Etats-unis, c’est un litre d’eau chaude avec un peu de boue ; ou de la chique de tabac. Voire de la merde. Et un Donut, c’est une sorte de Kouign-amann mais en plus gras et plus sucré (chose impossible que les américains sont tout de même parvenus à concevoir). C’est à dire que quand tu poses le doigt dessus tu chopes instantanément le diabète. Mais c’est le prix à payer pour découvrir les Etats-Unis.
Cholestérol et diabète sont les deux mamelles de l’Amérique.








Je pris 4 donuts et mon café, puis je remontai me vautrer sur mon lit, devant la télé.



Il y avait un milliard de chaînes. Mais que de la pub. C’est à dire que là-bas, ils diffusent des publicités toute la journée, et de temps en temps, ils font une petite pause et mettent un feuilleton pour que tu puisses aller pisser et chercher une nouvelle bassine de Coca. Ou une pizza grande comme une roue de tracteur.



Au cours du troisième donut je commençai à transpirer des oreilles. ça me fait ça aussi quand je viens de manger au Mc Donald's. J'ai chaud au front et je transpire des oreilles. ça dure environ 30 minutes.



Attention, transpirer en mangeant ne signifie pas que l'on maigrit. Particulièrement aux Etats-unis ou "manger" se trouve être l'exact opposé de "faire du sport". C'est à dire que quand on fait du sport on transpire et élimine les toxines. Quand tu manges aux USA, n'importe quoi, tu transpires beaucoup mais tu n'élimines que tout ce qu'il y a de saint dans ton organisme. Et tu gardes toute la merde. Le corps d'un américain normal ne contient pas d'eau, il est constitué d'environ 80 % de sucre et de 20 % de mayonnaise (Et c'est ainsi fait que j'allais rentrer 2 semaines plus tard).



Aux Etats-unis, même quand tu as eu très faim, tu te sens rarement mieux après avoir mangé.







Je posai mon donut et attendis que le malaise se dissipe. A la télé, Chuck Norris vendait des appareils de torture pour se muscler les abdos et la moustache.






à 9 heures. J'étais dehors. J'allais visiter San Antonio.


Quoi que je puisse en dire par la suite, veuillez croire que San Antonio reste une ville relativement sympa. Tout au moins, je pense, pour les touristes aveugles qui ont le nez bouché. Parce qu'il n'y a quasiment rien à y voir, que ça sent totalement l'oignon, mais qu'il y règne une atmosphère et un climat étrangement confortables.







Fort Alamo : Fort Alamo, c'est la Tour Eiffel de San Antonio, le truc à voir en premier, aussi me ruai-je dessus... pour être sûr que j'en aurais autant rien à foutre que de notre propre tour Eiffel.




Alamo est célèbre car c'est là qu'un jour, en 1836, un sombre héros traita Davy Crockett de sale flibustier. Davy Crockett, qui venait de se faire refouler au casting du Congrès des Etats-Unis, était un peu chaud de la patate : "Je vous prend tous, toi et ta bande de chinois !" rétorqua-t-il. Alors, l'autre, tout mexicain qu'il était, vira au guacamole et se jeta sur Davy Crockett. S'ensuivit la plus grande baston générale de l'histoire. 1500 mexicains contre 190 américains.






Après plusieurs jours de catch à la baïonnette, Crockett et ses potes avaient pris leur branlée. Tous, jusqu'à la mort.


Mais leur courage vit encore
Dans le ciel
Et règne, éternel,
Sur les pierres du fort…

Arthur Rambo - "Poésies complètes."



J'eus pu les aimer, la Tour Eiffel, le Fort Alamo - ou tous ces autres grands machins où l'histoire s'imprima de temps en temps -, mais à la seule condition qu'on me laissât une fois y pénétrer tout seul. Alors je m'y serais allongé, puis j'aurais fermé mes yeux, caressant le passé d'un geste invisible, jusqu'à sentir son souffle se retourner sur moi pour me laisser goûter, du bout d'un songe, le feu dont il brûlait jadis… Mais ça ne se passe jamais comme ça. On est toujours tout un tas de cons à en piétiner les cendres, l'imagination crispée sur nos appareils photos. Et la seule chose que l'on puisse espérer sentir ou toucher c'est l'haleine épaisse et puante de la foule.



Voilà.



Donc Alamo, j'ai passé la tête, pris quelques touristes en photos, et je me suis barré. D'autant plus désenchanté qu'il m'avait fallu découvrir en traversant le "gift shop" que Davy Crockett, que j'avais toujours plaisamment assimilé à Chuck Norris et Crocodile Dundee, avait plutôt eu une tête à sodomiser Oscar Wilde.







Après ça je n'ai pas su quoi faire. Alors j'ai zoné un peu. J'ai pris quelques merdes en photos. Aussi quelques gens. Les musées devraient être les dernières choses à visiter lorsqu'on voyage. Les musées sont des trucs de morts, bons pour les nécrophiles. C'est dans la rue que sont les choses à voir, les choses à vivre ; dans la rue et dans les bars. C'est là que se peignent les plus beaux tableaux, à la lumière de nos sensations, dans les couleurs de nos émotions.



C'est dans la rue qu'on peut voir un cowboy africain regarder l'heure, à côté d'un mexicain assis :







C'est aussi dans la rue que j'ai pu voir le père Noël mourir, dans l'indifférence générale :






Et où ailleurs que dans la rue verra-t-on un homme habillé en noir fumer une douille de shit grande comme une cheminée, sur un brad en briques rouges grand comme un immeuble ? Tout ça en plein jour, sous les yeux d'un camion jaune et d'un cuisinier tamoul !






Et où est-ce qu'on peut voir un énorme chewing-gum à la fraise traverser la route pour aller chez le dentiste ?






C'est dans la rue !



Poils au cul.



Vers midi, j'eus faim. Je retirai mes boules Quiès de mes narines et suivis l'odeur. J'arrivai dans le Riverwalk. Comme son nom le laisse entendre, le Riverwalk est un petit quartier piéton qu'embrasse la rivière, au coeur de la ville. ça sent l'oignon mais c'est mignon. On y trouve un restaurant tous les 5 centimètres. Je choisis le plus bariolé, un mexicain, convaincu que l'authentique mauvais goût de la décoration présageait une cuisine sans mensonge. Je m’installai en terrasse et m’allumai une cigarette. La serveuse se rua sur moi pour me dire que je n’avais pas le droit de fumer, pas même à l’extérieur, parce qu’il y avait une table de non-fumeurs et que cela pouvait nuire à leur santé. Je lui demandais si elle pensait que peser 200 kilos quand on mesure 1 m 70 était bon pour la santé…



- … vous êtes français ? me demanda-t-elle.

- Oui, répondis-je, flatté d’être ainsi reconnu. C’est mon petit accent qui vous fait dire ça ?

- Non, votre méchanceté.



J’eus envie de lui caresser les seins. Mais elle partit avec ma clope et ne revint jamais. On m’envoya un homme, couvert de muscles et de tatouages. Du genre qui se rase à la machette et qui se coiffe à la sueur. J’eus envie de lui botter les couilles.



- Hello Sir.

- J’suis pas ta soeur !

- Wanna drink somethin’ ?

- Wanna botte your couilles.

- Excuse me ?

- Une beer, please.






On m’apporta ma bière. Je découvris alors un des secrets de l’obésité étasunienne… c’est que là-bas, en Amérique, quand tu commandes un apérif, on t’offre pas deux olives, ni trois cacahuètes, non, on t’offre une pleine brouette de nachos.







Et quand t’as terminé, on t’en apporte d’autres.



Donc, après 2 bières et 2 brouettes de nachos, le serveur me demanda ce que je voulais manger. Je m’étais adouci mais j’étais toujours légèrement con.



- Je ne me souviens jamais, les nems, c’est espagnol ou mexicain ?



Il ne répondit pas.



Au risque de dégueuler, je commandai des tacos. Pour montrer que je n’étais pas totalement français.






Quand je vis arriver l’assiette, je me mis à transpirer des sourcils. Il y a quatre ou cinq tacos, avec plein de truc à fourrer dedans. Je savais que j’allais probablement tout manger parce que j’ai jamais laissé une assiette vide. Quand j’étais gosse, mes parents me mettaient des coups de Taser pour que je termine mon assiette.



Dans les accompagnements, il y avait de la purée de haricots rouges. C’est pas mauvais, mais le problème c’est que si tu l’avales pas assez vite, ça sèche sur le trajet et ça devient une sorte de ciment...



Comme mes parents étaient loin, je décidai de ne pas terminer mon assiette. J’avais quand même la sensation d’avoir avalé un éléphant. Je repris une bière, pour digérer.



Je fus bientôt un peu bourré et passai une bonne vingtaine de minutes à jeter des petits bouts de guacamole par terre pour rire en voyant les canards se battre dedans. Je me trouvai un favori, à qui je donnai des morceaux de tortilla à tremper. Puis l’un des gros non-fumeurs de la table d’à côté jeta un sachet de sucre dans une jardinière. Et là, une pie ou je ne sais quel connard d’oiseau plongea dessus et se mis à le dépecer avidement. Je pris peur et partis.



Il était aux alentours de 14 h. Je me laisser aller à faire quelques magasins de cowboys. Je m’étais promis une veste en peau de serpent, comme celle de Marlon Brando dans “L’homme à la peau de serpent”. Ou de Nicolas Cage dans “Sailor et Lula”. Mais je n’en trouvai pas.



Vers 15 h, je me rendis compte que j’étais entrain de m’emmerder.



J’avais pensé rester 2 jours, le temps d’aller voir un match de NBA ; et d’y rencontrer peut-être une gonzesse esseulée à poser sur le cuir de ma Chrysler. Parce que dans “Le petit futé” ils disaient que San Antonio était la ville des amoureux. Mais ce devait être une boutade, une petite saillie d’ironie. Car je vis bien que l’Homme de Sant Antonio vit reclus dans sa vaste chair. Et s’il arrive parfois que son corps en effleure un autre, c’est que celui-ci lui tend un bounty, ou une tranche de Bacon.



Non messieurs-dames, je ne vis, ce jour là, pas l’ombre d’un amoureux ou d’une amoureuse. Et tout ce que je pus voir briller, dans les yeux de San Antonio, c’est un voile noir et gluant ; gluant de sucre et noir de cendres. Noir des cendres d’une libido morte jadis dans ses propres flammes.



Je retournai à l’hôtel, pris ma valoche, ma Chrysler, et je me cassai de là.



En plus, si j’adore le basket NBA, je n’ai jamais aimé les Spurs. D’autant moins depuis que j’ai entendu Tony Parker faire du rap.



J’avais opté pour un mode de navigation à l’ancienne, à la carte en papier. Pas de GPS. J’aurais pu changer d’avis sur place mais je n’en fis rien. J’avais volé ma carte à la FNAC, j’étais très fier et j’allais m’en servir.



Vers 18h j’étais perdu. Je savais plus où j’étais sur la carte. Le jour commençait à se barrer. J’avais soif. Je finis par tomber sur un supermarché.






S’il y a quelques trucs à voir sur cette planète avant de se barrer, le supermarché américain en fait partie.



Je fus d’abord frappé par le conditionnement des produits. C’est à dire que quand t’as mis un paquet de chips et une barquette de saucisses dans ton caddie, il n’y a plus de place. Parce que les plus petits paquets de chips font 1 mètre de haut, et que pour les saucisses, ce sont des barquettes de 500. Ou des rouleaux de 40 mètres.
“Pourquoi mettent-ils des seaux de peinture au congélateur” me demandai-je au détour d’une allée ?”... J’interrogeai un vieux type et appris qu’il s’agissait en fait de crème glacée. Des seaux de 5 à 10 litres (J’observerais plus tard que c’est là-bas l’équivalent d’un yaourt)...






… et la deuxième chose qui saute à la gueule, dans les supermarchés américains, c’est la variété surréaliste de marques et d’aliments imbouffables. Chaque type de produit possède son propre rayon de 200 mètres. Je pense que par exemple, si t’es assez con pour en avoir envie, tu peux acheter un cheddar tous les jours différent pendant plus de cent ans. Il y a autant de marques que de parfums. Cheddar au poivre vert, cheddar à l’oignon, cheddar au ketchup, cheddar au caramel, cheddar au pâté, cheddar aux pépites de merde, etc...



Dans mon H.E.B de ce jour là, il y avait un rayon légumes. Très joliment agencé ; si bien que je m’étonnai de n’y voir personne. Mais je compris après avoir touché lesdits légumes. Je pense qu’il s’agissait en fait de faux légumes, en PVC. Des légumes Playmobil, peut-être. Et géants, bien sûr. Les radis étaient gros comme des tomates, et les tomates grosses comme des citrouilles. Et les citrouilles ne logeaient probablement pas dans le magasin, parce que je n’en vis point.



Bref, je passai bien deux heures dans ce supermarché, fasciné. Jusqu’à ce que commencent à m’agacer le vrombissement continu des tricycles électriques sur lesquels les obèses impotents se traînent pour faire leurs courses.






J’attrapai un pack de bières, un tube de pringles de 2 mètres, un paquet de cinnamon, un CD de Willie Nelson pour la bagnole, et je me taillai.



Je m’ouvris une cannette et m’allumai une clope sur le parking, assis en amazone sur le cuir de ma Chrysler, la porte ouverte. Mais un jeune autochtone vint me trouver, à la cool, pour me dire que je ferais mieux d’aller me droguer ailleurs parce que si la police me tombait dessus je prendrais sans doute deux ou trois coups de matraque sur la gueule, voire une injection létale.
Je le remerciai et je partis donc.



Je ne savais pas où aller. Je roulai un moment, au hasard. Puis je vis, un peu à l’écart de la route, un petit bois de pins, auquel menait un bout de piste. J’y allai. C’était tranquille. Je décidai d’y passer la nuit.



… et avant même que minuit sonne, j’étais endormi, la joue collée sur le cuir arrière de ma Chrysler. Six bières, un paquet de clopes et 1 kilo de chips dans le cornet...



Voilà pour cette troisième, m’ssieurs dames. En attendant la suite je vous invite à nous soutenir sur Facebook :

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Merci, à bientôt, et Joyeux merdier.

Bill Veuzay



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