A propos du TEXAS - Chapter 2

Lone Star State of Graisse

Il y a 4 ans.


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CHAPTER 2 - TEXAS - LONE STAR STATE OF GRAISSE






… Me voilà donc à San Antonio, au Texas.



Je récupérai ma valise Louis Futon - que j’avais gagnée à un concours de Fosbury en sumo gonflable l’année passée - et me dirigeai vers la sortie.
Personne ne m’attendait devant l’aéroport. Mais je ne m'attendais pas à ce que quelqu'un m'attende car j’étais là incognito. Pourtant, à peine avais-je foulé l’extérieur qu'une brise curieuse vint me renifler les genoux. Alors rapidement, une sensation étrange m’envahit, qui semblait jaillir du sol, tel un geyser.
Le genre de sensation, je pense, que doit éprouver une pièce de puzzle lorsqu’on la place enfin dans son trou. Ou encore ce que ressent sûrement un cornichon quand on l’allonge sur une tartine de pâté.




Oui, Il me sembla bel et bien, à cet instant, que derrière l’indifférence de son peuple, l’Amérique m’ouvrait grand ses bras. Son pays, son ciel, son histoire m’avaient, eux, attendu. J’étais la dernière pièce du puzzle, le cornichon sur le pâté... la cerise sur le bateau.






Je m’allumai une petite clope – un clou de cercueil, comme dirait l’autre – et restai planté là, sur le trottoir, dans la magie caressante qui nimbe à l’ordinaire les rencontres extraordinaires.



J’eus même bientôt envie de me déshabiller, pour sentir le vent embrasser mes couilles. Ce vent heureux qui de toute évidence me connaissait déjà.




Toute ma vie, j’avais froncé la face devant tous ces cons qui se prennent pour des arbres et qui parlent tout le temps de leurs racines, et voilà que je trébuchai sur les miennes, de racines.



Jusqu’à ce jour j’avais cru mes origines à Blois, dans le Loir-et-Cher, en France. Parce que c’est là-bas que j’étais né. Je m’étais trompé. On ne vient pas d’une terre, on vient d’une mère.






Oui, on vient d’une mère et de son rêve. Je supposai donc, pour m’expliquer ce sentiment inattendu, que cette fameuse fois où, à Blois, effectivement, mon père s’échina à lui introduire une graine au fond du pot, ma mère, elle, toute jeune et frivole qu’elle était, avait le cœur très loin, qui faisait l’amour avec un autre. ; sur une botte de foin, à l’Est d’Eden.






« Qu’y a-t-il dans un nom ? », s’interrogeait Shakespeare dans la bouche à pipes de Saint Claude - ou de Juliette, je sais plus... Et bien dans mon nom à moi, ou plutôt dans mon prénom, coulait le sang de mon origine ; le sang de l’Amérique, et de mon vrai père : James Dean. Parce que c’était à lui que ma mère rêvait, vous l’avez compris.






Dans la mythologie anglo-saxonne, Jimmy est le prénom ou le diminutif des idoles (Hendrix, Dean, Morrison, Page, etc …), mais en France c’est un prénom de manouche. Et enfant, je fus longtemps persuadé d’être un manouche. Parce que j’avais le droit de marcher pieds nus et que mon père avait une auto-tamponneuse tatouée sur l’épaule.



Mais plus récemment, j’avais dû apprendre qu’il ne s’agissait pas d’une auto-tamponneuse, que mon géniteur roulait si fièrement, mais d’un portrait de Bernard Montiel ; réalisé par mon oncle Alfred avec une seringue rouillée et du sans plomb 79 dans le respect de je ne sais quelle tradition et par amour du tétanos.



Ci-dessous : Mon oncle Alfred.





Mon père biologique était fan de « Vidéo Gag ». Nous n’étions pas des manouches, juste des gros beaufs. Mais en fait, moi non, réalisai-je ce soir là, devant l’aéroport de San Antonio. Moi, j’étais le fils de James Dean. Et l’Amérique le savait. Et elle m’avait reconnu.



Je ne devais pas être son seul moutard, à James, pensai-je. Probablement qu’à l’époque, une bonne myriade de tendrons s’était laissée baby-boumer l’ovule en pensant à Lui. J’eus donc pu n’être que le énième. Mais non, tout ce soir là me disait que non. J’avais été choisi pour lui succéder, pour incarner sa descendance.



Pourquoi moi ? Je ne sais pas. Peut-être que ma mère l’avait aimé plus fort que quiconque. Si fort et si sincèrement que James Dean lui-même - qui déjà se dorait la bite en enfer dans les flammes de son imprudence, mort de sa fureur de vivre – s’en était ému. Tellement ému qu’il avait sûrement pleuré et décidé de reconnaître cet enfant. Son premier enfant. Moi.






Ma maman m’avait appelé Jimmy, du petit nom de son adultère. Elle m’avait fait Américain. Et ce soir là devant l’aéroport de San Antonio, 28 ans après qu’on me mît au monde, je naissais enfin. Et l’Amérique me tendait son sein opulent.



« Merci, maman. », murmurai-je dans le filtre de ma cigarette. « Je serai une légende, sois-en certaine ! »...



Puis finalement, je dus m'obliger à admettre que toute cette histoire n'était qu'un énorme tas de connerie. Je n’avais rien ressenti du tout, sur ce putain de trottoir américain. Mon esprit s’était mis à divaguer pour justement me détourner d’une absence totale de sensation.



J’étais à San Antonio. Il était un truc comme 22h du matin. L’air était épais, moite et puant. Et la fatigue commençait à me tirer sur la gueule.






Je terminai ma clope, observant d’un œil morne les retrouvailles éléphantesques d’un groupe d’autochtones qui s’étreignaient goulûment, chevrotant de tout leur gras. Ceux qui rentraient pleuraient à grande huile. Comme s’ils avaient cru, à un moment, ne jamais revenir vivants. Ils revenaient de France comme on reviendrait de Tchernobyl, ou d’une mission Apollo. Je supposais qu’ils s’étaient vus mourir de malbouffe, ou un truc comme ça, ces cons là. J’étais fatigué, ça me rendait un peu chauvin.


« Bienvenue l’arrêt aux porcs », murmurai-je, en tirant ma dernière taffe. Puis j’écrasai mon mégot, un sourire aux lèvres, me disant que j’étais quand même un putain de marrant.



Vingt minutes plus tard j’étais chez National, le loueur de caisses. J’avais réservé une petite merde genre Nissan Micra ou Toyota Yaris.

- Hello, dis-je, en m’approchant du comptoir d’accueil, le pas mou et l’oeil de veau. I rézervéde une voiture, on internet.

- A car ? me demande l’hôtesse, de son prénom “Kelly”.

- Non, pas un car, une voiture.

- Your passeport and driving licence, please.

Je pris tout à coup conscience de ce que Kelly ne m’avait même pas souhaité le bonjour...

- … Dis donc, grosse paupiette, ça t’arracherait le bras de dire bonjour ?
Je viens de me taper 10 000 bornes dans un avion en pâte à sel pour venir visiter ta savane !

- Sorry ?

- I demande if it will écorche you le cul de dire bonjour ?

- I’m sorry, i don’t speak German.



Je lui donnai mes papiers.



J’eus une légère inquiétude en donnant mon permis parce que c’est la police française qui est censée l’avoir - J’ai pris un petit retrait il y a quelques années dans le pays basque pour avoir mangé trop de “Mon Chéri” au volant de ma 205 sacré numéro. Et après avoir récupéré mon permis à la préfecture du val de fion, où il avait été transféré, j’aurais dû l’apporter au commissariat pour qu’ils me le confisquent. Mais je n’en avais pas eu envie alors je ne l’ai pas fait. Depuis ils me le réclament une fois par mois. On dirait qu’ils n’osent pas venir le chercher. Il doivent croire eux aussi que je suis un manouche, à cause de mon prénom. Et du coup ils craignent sans doute que je puisse exprimer mon désaccord en leur surinant la gueule à grands coups de serpette, puis en leur enfonçant des hérissons vivants dans le cul pour ensuite les jeter en pâture à une meute de cochons affamés. Parce que c’est ce que font les manouches, il paraît.



Je guettais donc Kelly la Paupiette ; si elle entreprenait d’appeler la France pour vérifier mon “Driving licence”, je lui bondirais dessus et lui arracherais la langue avec une clé à molette. Ou avec mes dents parce que je n’avais pas de clé à molette... il était un truc comme 22h45, la fatigue me sortait par les yeux.







Je me calmai un peu après avoir réfléchi qu’aucun contrôle ou autre échange téléphonique n’était réellement envisageable entre l’Amérique et les flics français puisque ces derniers ne parlent pas l’anglais. Enfin je ne vois pas comment ce serait possible étant donné qu’ils ne comprennent déjà pas leur propre langue.

J’eus encore à postillonner un peu sur Kelly la paupiette qui voulait me vendre une bourriche d’options à la mords moi l’coude (une assurance en cas de collision avec une météorite, un distributeur de sauce barbecue, etc...), puis on m’envoya trouver Melvin, le gardien des clés. Melvin était un grand type d’une quarantaine d’années, noir comme l’as de pique. En le voyant déplacer son corps long et maigre au milieu son parking je trouvai qu’il avait l’air d’une cigogne, ou d’un flamant. Dans cette manière qu’ils ont de s’emmerder la tête haute, si fièrement.






Quand Melvin me vit arriver à lui, son visage se fendit d’un immense sourire...

- Hello, dis-je, en lui tendant mon contrat de location, j’ai loué une voiture.

A partir de là, Melvin se mit à rire à chaque fois que je parlai. D’un rire tellement communicatif qu’il aurait pu contaminer les nazis. ce genre de rire, un peu :




- Je m’appelle Melvin, dit Melvin en me tendant sa main.

- Je m’appelle Jimmy, dis-je en riant.




- Je suis désolé je parle pas très bien l’anglais...

- Je vois ça ! (rire) Tu viens d’où ?

- France, Paris.




Bref, tout faisait rire Melvin. Mais le plus drôle fut quand il me désigna ma voiture.






- Vas-y, me dit-il les clés sont dessus.

- Il y a erreur, lui dis-je, j’ai réservé une petite voiture, une Toyota Yaris.

- On en a plus. On a plus que ça, alors prends ça. Ce sera pas plus cher.

- Mais c’est trop grand, qu’est-ce que je vais foutre de ça, je suis tout seul ?!
Je vais jamais pouvoir me garer !




Et me voilà parti avec ma bagnole géante, tout seul. Carrosserie blanche fluo, jantes alu, vitres teintées, j’avais tout ce qui fallait pour me faire tirer dessus par Fifty Cent, The notorious Big, ou M Pokora.



Je sortis du parking à 1 km/h, le cul serré comme un étau, sous les encouragements hilares de Melvin.



Il était maintenant 23h30. Il me fallait absolument manger, vomir et dormir. Tout ça très vite.



Je posai ma valoche 10 mn plus loin au Red Roof inn, un hôtel dont le toit avait dû être rouge, un jour, avant que le temps ne commençât à y frotter ses mains sales. Puis je me ruai chez Denny’s, juste en bas, pour avaler un truc.






Je m’étais déjà fait quelques doigts au ketchup quand enfin, au bout d’une interminable demi-heure, mon premier repas américain arriva. J’avais commandé un Veggie Burger, des légumes et un petit coca ( 1 seul litre).

- Excusez moi, mademoiselle, je voudrais pas être chiant mais j’avais demandé un Veggie Burger...

- Oui, tout à fait, et c’est ce que vous avez, monsieur.

- Non, il y a un steack de poulet...

- Oui, tout à fait, c’est du poulet transgénique, c’est un légume, aux U.S.A.
En fait, ce sont des poulets dans le génome desquels on introduit des gènes de courgette, pour en faire des légumes.

- Ah, d’accord, je savais pas... Et les autres légumes, ceux d’à côté, pourquoi sont-ils si dégueulasses ?

- Ah ça, c’est parce qu’en Amérique on les mange pas, ceux là. C’est juste pour la déco.

- Ah, d’accord. Je vais vous prendre des frites, alors, s’il vous plaît.

- Tout que vous voudrez !

Si ce premier repas fut donc infect, le service, lui, fut irréprochable.

De retour au Red Roof Hotel, je me brossai les chicos, pissai un peu sur la cuvette, et plongeai enfin dans mon lit “Queen size”, d’où la nuit m’ouvrait grand ses draps...

To be continued...


Voilà pour cette fois.

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Beezette au cul et à bientôt.

Rillette’dument,

Jimmy




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