A propos du TEXAS - Chapter 1

Day 0

Il y a 4 ans.


Accès aux chapitres :
CHAPTER 2 - CHAPTER 3



CHAPTER 1 - TEXAS - DAY O

- Bonjour Monsieur. Alors vous avez le choix entre une assiette de merde chaude et une assiette de merde froide...

(Non, nous ne sommes pas en période d’élection présidentielle, simplement à l’heure du déjeuner sur U.S. Airways...)

- Heu... rien, merci, Madame. Je vais me ronger les ongles, ça fera l’affaire... Par contre, puis-je avoir une paire d’écouteurs, s’il vous plaît ? j’aimerais regarder un film.

- Oui, bien sûr... Tenez. Ce sera 5 dollars ou 5 euros.

- Ah, c’est payant ?

Si j’étais effectivement surpris, l’hôtesse le fut d’autant plus devant mon étonnement.

- Oui, c’est payant, répondit-elle, avec tout le dédain que lui autorisait mon incroyable ignorance. Puis ses yeux continuèrent à me parler :

“Franchement, d’où tu sors, toi, blaireau ? Tu croyais qu’on allait te les offrir ? Ou peut-être que tu voulais faire du troc, deux écouteurs contre deux crottes de nez, c’est ça ?”

- Tout change tellement vite, dis-je, en fouillant mes poches. Puis mes yeux poursuivirent : “Vous paraissez très vieille.... je n’avais encore jamais vu d’hôtesse aussi vieille que vous en avez l’air. Êtes vous très vieille ou sont-ce la hauteur et l’altitude qui vous ont buriné la gueule trop vite ?”

Je payai et pris mes écouteurs.

- Excusez moi, dus-je rappeler la vieille hôtesse, ça ne marche pas bien, je n’entends quasiment rien...

- C’est normal, m’informa-t-elle, ce sont des écouteurs de merde. Vous n’entendrez que le bruit des réacteurs, un peu comme si vous n’aviez pas d’écouteurs. Vous vous attendiez à quoi, à ce prix là, du BOSE ?

- …

- Vous n’avez qu’à regarder “The Tree of Life”, les images sont super.

Après 2 heures d’apnée devant une vidéo muette sur la vie trépidante des séquoias, j’eus enfin l’immense privilège d’accéder à l’espace divertissement pour...

- 1 minute de “The Tree of Life”

- 30 secondes de “New year’s Eve”

- 1 seconde de “the Tourist”

- 1h de Trivial Pursuit Junior

- 3h de Poker sous le pseudo d’Emile Louis

- 2 h de pronostics sur les conséquences éventuelles d’une petite pause clope

- 1h de gueule contre le hublot dans l’espoir de voir tomber un morceau de “glace bleue.

...et voici enfin que je foulai pour la première fois le sol étasunien. Je n’étais encore qu’à Charlotte, en Caroline du Nord, pour une brève escale, mais j’allais dès lors goûter et sentir ce pays ou tant de mes vieux rêves avaient pris leurs quartiers ; comme la traversée de la route 66 en overboard avec Arnold et Willy, jouer de la flûte à bec au "Blue Note" avec Charlie Parker, me faire sucer le sexe à la maison blanche par Hillary Clinton, ou bien cette femme qui me hante de puis toujours et dont je ne sais toujours pas qui elle est






Dès l’aéroport de Charlotte, et par la suite encore, je pus constater que l’odeur et le goût des Etats-Unis, c’est essentiellement de la “Sauce Barbecue”. Tout, là-bas, semble être conçu sur une base de “Sauce Barbecue”: Le ciment et les briques des bâtiments, les vêtements, les parfums, les véhicules, la nature, La nourriture ! Les gens eux-mêmes, semblent être en “Sauce Barbecue”. Bref, quoi que tu goûtes, où que tu sois, ça sent la “Sauce Barbecue”. ça occasionne quelques renvois, au début, mais après on s’habitue.






J’étais content de passer par Charlotte, parce que les “Charlotte Hornets” étaient mon équipe de basket préférée quand j’avais 9 ans et demi. La raison première en était le meneur, Muggsy Bogues. Muggsy Bogues est le plus petit joueur ayant joué en NBA. On peut le situer enre Willow et Michel Petrucciani.






A l’époque de mes 9ans et demi, je me sentais un potentiel athlétique hors du commun, j’étais très actif, et avec mon pote Florian on s’entraînait pour les championnats du monde de tous les sports. Aussi jouions nous au football, au tennis, au ping pong, au curling, aux superstars du catch … tous les sports, sauf le basket. J’étais trop petit pour le basket, me semblait-il. On jouait un peu quand même car j’entraînais Florian, lequel Dunkait en sautant du congé-lateur de ses parents - jusqu’à ce qu’il finisse par prendre le panier sur la gueule pour la modique somme de 450 points de suture -, mais pour ma part, ça s’arrêtait là. Jusqu’à ce jour où, en plein milieu des années 90, Patrick Ewing, 2m13 se fait contrer par... Muggsy Bogues, 1m59 ; sous nos yeux ; sur Canal Plus. Alors tout, décidément tout ! devenait possible. J’allais bientôt être, en plus, champion du monde de basketball américain !

“Doesn’t matter height, if feet touch the sky.” Disait Muggsy.

Je n’ai jamais été champion du monde de quoi que ce soit, finalement. Trop de pression.






Enfin, tout ça pour dire que j’étais content d’être à Charlotte. ça a l’air chouette, Charlotte. A Charlotte, s’ils ont le grand Muggsy Bogues, ils ont aussi et surtout, des pianistes d’aéroport. Un pianiste d’aéroport, c’est un adolescent au physique très ingrat qui joue la musique de Titanic en boucle, toute la journée, au milieu de l’aéroport, sur un piano à queue à 80 000 balles (Un Bechstein, sûrement volé aux allemands le 9 mai 1945 et que l’on s’emploie à massacrer autant que possible en hommage, je pense, à la défaite des nazis cette même année.)

Je pleurai un p’tit peu, comme tout le monde, en repensant à la fin tragique de Jack, puis je décidai d’aller manger. Cela faisait longtemps que je n’avais pas mangé.

J’optai pour un restaurant japonais, lequel offrait une super vue sur ses ouvriers. J’ai toujours été féru d’arts martiaux et la cuisine nippone a tout d’un art martial. Mais une fois installé, je dus découvrir que mes samouraïs du poisson cru avaient le faciès plus mexicain que japonais. Et mes soupçons se confirmèrent quand je vis le chef découper son saumon à la machette. Tant pis, me dis-je... et puis pourquoi pas, tiens ! Je restai donc et pus ainsi goûter les sushi à la viande hâchée et les makis à la “Sauce Barbecue”. Ce fut évidemment dégueulasse, mais ils n’en faisaient pas sans sauce. Je pus également tester une paire de bières (j’adore goûter les bières de partout) : la première, était indienne et immonde, genre parfumée à la peau de bison séchée - mais je ne me souviens pas de son nom -, et la deuxième était infecte mais je n’ai su identifier aucun arôme - et je ne me souviens pas plus de son nom.
Je terminai néanmoins toute cette merde, dans la - très intime - conviction que cela me rendrait plus fort... Puis je payai, fis un saut aux lavabos pour vomir un peu, me fis cirer les pompes par un pauvre, et filai à la porte d’embarquement où m’attendaient les 3 plus longues heures de toute cette histoire: Charlotte - San Antonio...

Avec U.S. Airways, le trajet Charlotte - San Antonio s’effectue dans des conditions qui peuvent très vite vous pousser à l’acte kamikaze , voire terroriste.

- Primo, parce que Charlotte - San Antonio, ça se passe dans un d’avion dont on peut se laisser penser qu’il est en pâte à sel ; et qu’il a probablement été fabriqué par le fils du pilote pour la fête des pères.

- Deuxio, parce que le pilote sus-évoqué n’a manifestement pas fait de visite médicale depuis l’avènement du Docteur Pepper. Il est vieux, assez gros, très rouge ; il a sûrement la goutte et du diabète, un peu de sauce potatoes sur la joue, et, à en juger la perplexité chaude et suante qui condense sur ses lunettes, il n’a jamais piloté d’avion en pâte à sel.

- Troizio, à bord de cet avion, les sièges sont au nombre de beaucoup trop, et à peu près aussi larges que ceux de l’opéra Garnier ; c’est à dire pas large du tout. C’est à dire, encore, plus adaptés au transport de suricates, ou de Somaliens unijambistes, qu’au transport des plus gros êtres humains du monde. Ce sont pourtant ces derniers qui s’entassent en obèse majorité sur Charlotte - San Antonio. Il y a donc une forte probabilité pour qu’après avoir encastré ton cul normal dans ton micro-fauteuil, tu te retrouves assez vite avec le ventre de ton voisin de droite sur les genoux . Tu t’observeras un moment dans cet étrange tableau, avant de “pouffer” légèrement pour montrer que ça te gonfle un peu, mais ton voisin n’y peut pas grand chose, et tu le sais. Puis si t’as vraiment de la chance, comme moi, tu n’es pas au bord de l’allée, t’as un voisin de gauche, et quand tu reprends ton souffle tu réalises que ce mec là pue extraordinairement de la gueule ; d’un genre d’haleine qui brûle les yeux, comme les oignons, façon pisse aux asperges. Et c’est donc à partir de là que très vite,entre la peur, l’inconfort et la nausée, le temps va commencer à se distendre. Les secondes deviennent longues comme des minutes... les minutes dureront des heures... les heures pèseront des siècles... aucun recours, pas de télé, les hublots sont des judas, les chiottes sont bouchées, et la seule musique sur laquelle tu puisses compter vient du gars de devant qui s’est endormi avant toi avec une tronçonneuse allumée au fond du pif. Tu t’emmerdes, tu as peur, tu te mets à pronostiquer sur ta mort imminente: intoxication alimentaire, crash, suicide, intoxication à l’haleine de gauche, ou pourquoi pas étouffement multiple après que les tous les fauteuils en pâte à sel, fixés au sol avec du jaune d’oeuf, se casseront la gueule, et qu’alors les gros gens s’affaleront sur les voies respiratoires des plus faibles... mais rien de tout cela n’arrive. Nous arrivâmes donc. Malsains et saufs. Cependant, je veux bien mettre mes ongles à couper que sur un Charlotte - San Antonio, même le Dalaï Lama deviendrait agressif.

J’avais entendu dire que l’Amérique était un peu paranoïaque. D’autant plus après qu’un groupe de touristes pakistanais avait essayé de venir vendre des roses en Boeing au centième étage du World Trade Center en 2001, avec le succès que l’on sait. Aussi, et à cet égard, m’avait-on sérieusement recommandé d’éviter toute forme d’ironie aux points de contrôle. Je pris soudainement conscience d’une triste réalité me concernant... je ne savais pas m’exprimer au premier degré.

C’est donc légèrement crispé, avec un air de chien qui chie, que j’abordai cette douane des mauvaises intentions. Non, je n’avais aucun projet malfaisant planqué derrière l’oreille, pas plus qu’une ceinture de shit afghan autour de la taille, je craignais juste que ma bouche ne me fasse le coup d’un p’tit trait d’humour inopiné, comme cela s’était déjà produit une ou deux paires de fois face à l’autorité...

- Bonjour !

- Passeport ! Qu’est-ce que vous venez faire aux Etats-Unis? (traduit de l’anglais par moi)

Le type enfonça ses yeux dans les miens, et commença à me sonder, de son regard vigipirate. Alors je pus mesurer de près l’étendue des dégâts qu’avait causé le fameux incident aéronautique sus-évoqué. Cette inquisition ophtalmologique est d’une telle violence que tu te sens très vite coupable de tout ce qu’il y a d’un peu sombre ou douteux en toi, et du moindre petit écart passé. T’as presque envie de te rendre, “Embarquez moi, j’ai pissé sur la cuvette et j’ai pas essuyé, une fois !” ; “J’ai rit devant “Borat” ; “J’ai voté Ben Laden aux présidentielles !” etc... t’avoues tout, un peu comme Choco dans les Goonies, quand il sefait attraper par les Fratelli.






Puis avec l’anxiété, on comprend beaucoup moins bien l’anglais...

- Vous pouvez répéter la question ?

- Qu’est-ce que vous venez faire aux Etats-Unis ?

- Je viens baiser ta femme.

- Sorry ?

- Hein ?

-You don’t speak English ?

-English ? Ah si, si, moui bien ! euh ... holidays, holidays !

- Quand êtes vous venu pour la dernière fois ?

- Where ?

- Aux USA.

- Ah, bah maintenant. Enfin jamais.

- Approchez votre main droite et posez l’index sur la machine.

Je m’exécutai. De la main gauche.

- Non, la main droite ! Vous faites semblant d’être analphabète pour écarter les soupçons alors que vous êtes un brillant cerveau capable de piloter un avion, c’est ça ?

- Non monsieur, ce n’est pas ça.

- La main gauche ! Pourquoi vous avez la barbe ? Vous avez quelque chose à cacher ?

C’était lui, le Boss de la fin, comme dans les jeux vidéos...

- Pourquoi vous avez le regard fuyant ?

Ca y était, je transpirais abondamment des yeux... C’était donc là leur stratégie, la terrorisation anti-terroriste.




- Pourquoi vous pleurez ?

Je le sentais, ma bouche allait faire de l’humour, comme le petit poulpe qui crache son encre pour se défendre...

- Qu’est-ce qu’il y a dans votre sac ?

- … dans mon sac ? … du Galak, une mitraillette, un sécateur, une photo de ta mère à poils dans le dernier Penthouse, des kleenex, 3 bâtons de Dynamite, une quille de Nitroglycérine, et des allumettes.

- In English !!!

-Du Galak et des kleenex.

- Okey c’est bon. Welcome to the U.S. ! Et soyez prudent.




Voilà pour aujourd’hui. Si toute cette torcherie amuse ne serait-ce qu’une personne je déballerai la suite. En attendant fouillez le site,il y a plein de trucs.

Et likez la page Facebook Et likez la page Facebook

François Hollande vous le rendra.

Merci beaucoup et à bientôt.

Jim



Accès aux chapitres :
CHAPTER 2 - CHAPTER 3