À propos de mordre l'oreille
Un truc comme une espèce d'intersection

Saison 1 - Episode 1

L'anecdote

LE DEBUT:

On est en Septembre 2009, c’est presque le weekend et nous (Romain et Jimmy) nous sommes vus confier, à l'issue d'un tournage en province, la responsabilité de remonter une partie du matériel vidéo pour le rendre à son propriétaire parisien le lundi suivant. Poils aux dents.

Nous avons donc environ 48h pour pondre une formidable histoire et profiter dudit matériel...

C’est pendant que je me gratte la tête qu’une vieille et minuscule idée me tombe de derrière le lobe, qui dit: "Réunir Van Gogh et Mike Tyson autour d'une histoire d'oreille." … je me regratte un peu. Rien.

  • - Romain, j'ai une Pure idée: "Réunir Mike Tyson et Van Gogh autour d'une histoire d'oreille!"
  • -...

Ça ou autre chose, il s'en fout. Tout ce qui l'intéresse, c'est de fabriquer des images. On a un donc un salon, un sac de boxe, des gants, un perchman équipé, un Romain derrière sa caméra et un moi-même devant. Il nous faudrait un deuxième énergumène. J'appelle mon copain Antoine, un homme étrange - jusque dans ses proportions - qui se coiffe à la chaise électrique, et dont on apprendra probablement un jour qu'il venait d'une autre planète.

  • - Allô, mon copain Antoine, tu voudrais pas venir trimballer ton allure de coton-tige géant et usagé chez moi, demain, devant une caméra ?
  • - Si.
  • - Cool. Viens pour 9h.
  • - D'accord.
  • - Et ne te couche pas trop tard !
  • - T'inquiète pas, j'allais pas tarder t'façon (il était aux alentours de minuit, me souviens-je bien).

Dimanche matin, 9h. Antoine arrive, il a dormi 12 minutes et sent la gnôle à 2 mètres.
"No comment. Only God can judge him." (comme disent M. Pokora, les jeunes qui aiment M. Pokora, et les jeunes qui aiment que l’on sache qu'ils parlent couramment l'espagnol). Je pourrais aussi dire un peu de mal de moi, mais j'ai pas envie. Et comme je ne me souviens plus vraiment de cette journée de tournage, je dirai simplement que nous sommes finalement parvenus, non sans un certain acharnement, à foutre le truc en boîte... plus ou moins proprement.

Le lundi, Mr Le Loueur De Matos, dont ce n’est pas le nom mais qu’on fait comme-ci si, avec Majuscules et Particules et tout… ce monsieur, donc, ayant dû s’absenter quelques jours, nous demande de garder ledit matos un peu plus longtemps. Nous lui accordons gracieusement cette faveur, et encore mieux, afin que celui-ci ne s’encrasse pas (le matos, pas le loueur), nous décidons de l’utiliser encore (à notre profit, évidemment, parce qu’il ne faut pas charrier dans les bégonias).

Nous travaillâmes donc toute une semaine, et frénétiquement, à remplir la boîte ; pour un premier opus de huit épisodes. Nous prîmes ensuite soin d’abandonner les rushes aux mains d’un monteur surbooké et dont les disponibilités ne s’accordaient pas du tout aux nôtres. Ce qui nous valut d’attendre 1500 ans avant de voir le premier épisode en ligne. Quatre autres suivirent de plus ou moins près. Un sixième épisode fut également monté, mais nous en attendîmes le mixage audio durant 3 mois pour finalement nous entendre annoncer, par la personne qui en était chargée – et qui avait en sa possession tous les rushes -, que l’épisode avait « disparu », comme par désenchantement, et que les rushes, ainsi que ceux des deux épisodes restant, étaient retenus prisonniers dans les entrailles d’un disque dur comateux ; lequel mourut définitivement peu après. Après avoir pleuré, vomi, et mouché quelques pleins seaux de bile, nous entreprîmes notre deuil en tournant à nouveau (à commencer par l’actuel épisode 6). Mais dorénavant, nous reprendrions les commandes de la post-production. S’il arrivait quoi que ce soit, nous ne pourrions alors nous en prendre qu’à nous mêmes.

Depuis, tout se passe bien, Romain monte, agacé, et moi je me colle tout près de lui en m’éfforçant de l’emmerder au maximum et en changeant d’avis le plus souvent possible (si bien qu’il lui arrive de travailler en cachette, parfois).

Le « premier épisode 6 » fut retourné quelques 18 mois plus tard sous le numéro 10. Quant aux deux qui n’ont jamais vus le jour, nous en exhumerons peut-être les textes “un de ces cinq”, comme personne ne dit.

Voilà, thank you for reading et rendez-vous au bas des épisodes suivants.

J.