À propos d'être un enculé
Un truc comme une espèce de rencontre du troisième type

Saison 1 - Episode 7

L'anecdote

Avant-propos divagateur à but absolutif

D’aucuns auront pu remarquer que le dernier mot du titre n’est pas un nom propre, c’est un fait. Et si ce seul fait est déjà condamnable, vous ne manquerez pas de le trouver abominable quand je vous dirai, tout de suite, qu’il est le choix essentiel d’une manoeuvre bassement fallacieuse visant à attirer sur nos “histoires” non pas un, mais deux pans de la société qui jusque-là nous tournaient le dos: les pornophiles - invertis ou non - et les intellectuels. Là où les premiers devaient voir se dessiner la promesse d’un spectacle sadien dont on se passera de conjecturer ici les différents tableaux, les seconds se laisseraient probablement attendre un documentaire sur le procès d’Oscar Wilde. Ou un biopic sur André Gide.

           Frères intellectuels et/ou pornophiles de France et de Navarre - et d’Alsace-Lorraine: oui, nous vous avons trompés. Mais n’était-ce pas pour nous rapprocher ? Si. Alors puissiez vous ne nous en tenir aucun grief... merci.

Propos

           7 h 58 ce samedi là, il ne se passa rien de particulier. Par contre, et en revanche, le lendemain à la même heure, il ne se passa rien non plus. C’est vers 8 h 58 que tout commença, quand le réveil sonna. J’avais donné rendez-vous aux gens d’”à propos...” à 9 h, et à peine avais-je eu le temps de changer mon pyjama “Emile Louis” pour un autre, moins tendancieux, à l’effigie de Freddy Mercury, qu’une sorte d’incident m’appelait sur le pas de la porte: Yann Sorton, le nouveau, venait d’arriver et n’avait pas su se garer sans enfoncer un peu de son automobile dans celle du voisin - lequel se trouvait justement à l’intérieur avec toute sa famille. Yann se gratta l’arrière du crâne. Apparemment, il avait pris le volant au milieu d’une crise de somnanbulisme et se réveillait juste, si bien que quand le chauffeur adverse sortit de son véhicule pour exiger très fort et en roumain qu’on lui donna 500 000 euros de dédommagement en cash, Yann ne voulut rien entendre. Puis soudainement, ce même Yann se mit à croire qu’il parlait lui aussi le roumain... je compris, grâce aux gestes, qu’il soupçonnait Dimitru (c’est le prénom du voisin) d’avoir bien vu qu’il conduisait en dormant et d’en avoir profité pour provoquer une collision afin de réclamer ensuite qu’on fasse réparer sa “caisse pourrie de vendeur de yaourts”. C’est à ce moment que je décidai d’intervenir.

- Bonjour messieurs!

-Taca-ti fleanca, jigodie !

- Oui, merci. Il y a eu un petit accrochage ?

- Il dit que j’ai bouzillé sa voiture, mais je pense qu’il ment.

-Este hahalera rupt masina mea, ai nevoie sa plateasca bisnitar de mahala !

- Tu n’auras rien, voleur de poule, et si t’insistes, je vous viole tes morts à tous, toi et ta famille et je vous nique la face à coups de serpette. Et après je vous brûle.

-Sa-l ia mama dracului de hot, a-i face cuiva baie în ibric !

- Mes amis, jouter en langue manouche ne sera jamais une solution. Tâchons plutôt de trouver un compromis. Yann, gare toi un peu plus proprement, et toi, jeune étranger, prends ces 20 euros, va t’acheter un p’tit truc qui te ferait plaisir et arrête de nous emmerder sinon je présente ton cas au petit Nicolas ; il est raciste et détient une grande partie du pouvoir exécutif sur ce territoire que tu squattes clandestinement.

Je forçai humblement le bleu billet dans la main de notre frère voyageur et enjoignai Yann à se dépêcher à ma suite derrière le verre Sécurit de nos appartements.

Petite digression

           Nous ne connaissions encore que très peu Yann Sorton à ce stade de l’aventure. Nous nous étions rencontrés, lui et moi, lors d’une soirée de fin de tournage d’un court métrage de la FEMIS. J’étais allé le voir pour lui dire que ses parents avait bien fait de l’appeler “Yann” et pas “Douaducu” parce qu’avec son nom de famille ça aurait fait “Sorton Douaducu”. Nous rîmes tous les deux, sauf lui. Puis il me demanda quel était mon nom de famille et je m’enfuis.

           Nous nous croisâmes une seconde fois lors de la première projection du même film. Yann y avait une scène assez cool, et j’allai le voir à la fin pour le féliciter de sa prestation. Il me félicita également ; je m’enfuis - On me voyait environ une seconde, dans le film. Enfin, ma chemise ; en flou.

           Plusieurs mois s’égrènèrent ensuite, durant lesquels la vie nous tint à l’écart l’un de l’autre. Jusqu’au jour où je crus reconnaître le Nez de Yann dans un film, un dimanche soir, sur M6. Un grand truc tordu, recouvert de peau et vaguement phallique allait et venait, dans une sorte de Vagin. Le film s’appelait “les aventures de Gémini Quéquette”. Yann avait dû y décrocher le rôle de Pinocchio. J’attendis un instant, qu’un visage entier apparaisse et vienne confirmer mon impression, mais en vain ; tout se “déroulait” en gros plan. Mais j’en étais sûr, c’était le nez de Yann Sorton ! Je me ruai sur mon computeur, direction Facebook, et envoyai un message à Yann Sorton pour lui dire que je l’avais vu jouer un peu du tarin dans un film de cul. Je m’étais mépris... ce n’était pas le nez de Yann Sorton que j’avais vu faire l’amour, ce soir là, à la télé, c’était sa bite.

           Aujourd’hui encore, je ne sais pas ce qui doit me surprendre le plus, que sa bite ressemble à un nez, ou l’inverse. Toujours était-il que l’idée d’un héros de film de boule qui baiserait avec son nez n’avait pas été exploitée. Ni ici, et ni ailleurs, allais-je noter après une petite recherche internet. J’intéréssais donc Yann sur le sujet. Il était partant. Il s’emballa, même:

           “On pourrait carrément faire une espèce de saga, l’histoire d’un séducteur qui mentirait aux femmes comme un arracheur de dents et qui les niquerait toutes avec son pif de plus en plus long ! En plus il y aurait pas besoin de trucage parce que mon nez n’a pas terminé sa croissance ! Ah ouais, ça serait mortel !”

Le lendemain, il avait déjà les titres des 3 premiers volets :

Episode 1 - “Pinocchio Sifredi sort de la nuit”

Episode 2 - “Ments moi dur, ments moi d’dans”

Episode 3: “Truffes blanches et bite en bois”

           C’était, certes, un beau projet, mais nous ne pouvions pas nous embarquer là-dessus si promptement ; il nous fallait faire les choses par étapes ; faire connaissance, apprendre à travailler ensemble, etc... et en cela, “à propos...” constituait à mon sens, un parfait laboratoire. Aussi, quand nous nous vîmes pour la troisième fois, ce fut pour répéter le texte du présent épisode. Chez nous, une répétition consiste à lire le texte 1 fois et demi avant de boire des quantités astronomiques d’alcool sans rien manger. C’est donc légèrement bourré que Yann, qui était arrivé à 18h, repartit, vers 3h du matin, sans oublier de commencer par faire une marche arrière sur la calandre de Romulo, notre voisin portugais qui n’entendit rien parce qu’il était entrain de jouer avec son nouveau marteau piqueur.

           Une semaine plus tard, le tournage nous rassemblait pour la quatrième fois.

           Si j’ai jugé bon d’apporter une précision numérique à cette rétrospective, c’est que je crois que les chiffres ne sont pas anodins dans l’évolution du projet. Plus spécialement le chiffre 4 qui a donc officiellement marqué le début de notre collaboration avec Yann - je le répète, nous nous voyions pour la quatrième fois le jour du tournage - et auquel, si on y regarde de plus près, l’histoire a conféré une aura toute particulière à travers les âges et la culture: les cavaliers de l’Apocalypse étaient au nombre de 4, les Marx Brothers et les Tortues Ninja également, ainsi que les saisons, ou même les doigts de la main si on rentre le pouce. Sans oublier que Roger Vadim et Marcello Mastroianni ont tous les deux eu un enfant avec quatre ines de neuve (rires). Les beatles, aussi, comme les mousquetaires, étaient quatre. Même les sept nains étaient parfois 4 quand il en manquait 3. Bref, il y aurait encore maintes évocations à faire autour de ce 4 mais ceci aura suffi à présumer que la numérologie n’est certainement pas étrangère à la magie qui émana de cette Rencontre avec Yann Sorton et qui nimbe aujourd’hui cet épisode.

Retour au propos

           Il était 9 h 15 du matin. Dimitru était parti et Yann me devait 20 euros. Antoine Norberti apparut dans le salon (nous cohabitons). Je le félicitai de s’être levé à l’heure. En fait il venait de rentrer de cuite - par la porte de derrière - et allait se coucher. No comment. Nous tournerions sa partie en dernier. Yann et moi buvions l’apéro quand Romain téléphona. Il était en voiture avec Lucie et roulait déjà depuis 1h15 quand il se rendit compte qu’il ne savait plus où j’habitais.

- Allô, Jim?

- Non, c’est Tarzan, Jim est entrain de jouer au mahjong avec Cheetah.

- C’est quoi le nom de ta rue déjà ? Je vais la rentrer dans le GPS...

- Rue Constant Coquelin, à Vitry-sur-Seine.

- Constant Coquelin ? Comme Molière.

- … c’est ça.

- Code postal ?

- 94 400

- ah oui, c’est ça, neuf quatre ; les Yvelines.

-... c’est ça.

- Okey, on arrive, on est vers Bobigny.

Ils venaient de Puteaux...

           A 11h, Romain et Lucie arrivent. Je leur propose du café. Ils acceptent. En fait je n’en ai pas. J’ai bien acheté de la bière et du vin rouge, pour le petit déj’, mais j’ai oublié le café. Je cours en acheter en oubliant de prendre de l’argent...

           Vers 13h, tout est en place. On peut commencer à tourner. Sauf que maintenant, j’ai faim... on mange ; je ne sais plus quoi.

           14h, j’ai trop mangé j’ai envie de dormir. Je prétexte d’aller faire caca pour faire une sieste de 10 minutes sur la cuvette.

           14h15, on lance enfin le premier moteur. ça va vite ; ça se passe bien ; Yann avait carrément appris son texte. C’est la première fois que quelqu’un apprend son texte, sur la série, je suis donc ému et pleure un peu.

           17h, on en a fini avec Yann Sorton. Il a de la peinture plein la tronche et me doit toujours 20 euros.

           17h15, j’ouvre la trappe :

                      - Antoine, tu peux te lever ?

                      - Non.

                      - Si.

                      - J’ai pas envie.

           17h40, Antoine annonce qu’il ne fera rien si on ne lui apporte pas le petit déjeûner au lit ; il veut de la blanquette de veau. Je menace de laver sa baignoire avec le côté vert de l’éponge (ça le rend dingue, il a peur que ça fasse un trou dedans)... il se lève.

           Vers 20h, le rideau tombe ; la nuit aussi. On range... on boit un peu... on fume, aussi... Yann a toujours de la peinture sur la gueule ; Antoine de la blanquette. On rit. Il fait nuit...

… c’est fini.

Après-propos conclusif

           Aussi désorganisée qu’ait pu en paraître la réalisation à travers la présente anecdote, ce 7ème épisode marque, à bien des égards, une évolution considérable depuis la sortie du précédent. En effet, outre la qualité de l’étalonnage, de la structure scénaristique et des dialogues, l’efficacité des ressorts comiques, la prestance et la profondeur des interprètes, avec une mention spéciale pour Antoine Norberti qui nous livre ici la plus belle composition de sa carrière, à mi-chemin entre Rain Man et les Deschiens, outre tout cela, le plus remarquable reste le travail effectué sur le détail, que l’on a poussé jusqu’à me coller un mickey au fond du nez (dans le troisième acte, celui du plafond) en référence à l’épisode 6, comme un indice sur le temps qui s’est écoulé depuis ; c’est à dire une repoussaison de poils de nez.

Voilà.

           Si vous avez d’autres questions que celles que vous ne venez pas de me poser, adressez les nous à cette adresse :

contact [at] apropos-webserie.com

Nous y répondrons avec plaisir si elles ne sont pas trop chiantes.

à bientôt.

Bergéalement,

Bill Veuzay